L’uniforme, un mirage social et pédagogique.

Découvrez notre article en deux parties paru sur Instagram dans un premier temps et qui décrypte les prétendus bienfaits de l’uniforme en finissant par montrer que c’est un vecteur d’inégalités sociales. Retrouvez le sur instagram : https://www.instagram.com/laforcelyceenne/

UN OUTIL DE JUSTICE SOCIALE INEFFICACE

Notion image

Il diminuerait les inégalités sociales.

Michel Tondellier, un sociologue, nous rappelle (et ça n’a pas l’air inutile pour le gouvernement) qu’un enfant pauvre portant un uniforme reste un enfant pauvre. En effet, des marqueurs sociaux importants persistent avec l’uniforme :

  • La manière de parler et de se tenir
  • Les bijoux ou les chaussures
  • Les téléphones portables
  • Les fournitures scolaires

Tous les élèves le savent, mais dans une classe, en discutant avec ses camarades, on sait en quelques semaines qui est riche et qui ne l’est pas. On voit bien dans quelle direction les autres élèves partent après l’école, et on entend les conversations sur les vacances scolaires, certains partent dans les îles, d’autres non.

Il diminuerait les inégalités scolaires.

En 1998 David Brunsma et en 2022 l’Université d'État de l’Ohio mènent des études sur l’uniforme et parviennent à deux conclusions : La tenue unique n’a aucun effet sur les résultats des élèves, et elle n’améliore pas l’assiduité. En effet, ce qui améliore les résultats des élèves, c’est un suivi personnalisé, et un temps de travail personnel accompagné comme les heures d’aides au devoirs par exemple. Mais pour ça il faudrait augmenter le budget de l’éducation nationale et diminuer le nombre d’élèves par classe mais ce n’est pas la tendance actuelle du gouvernement… Pourtant il sait ou trouver de l’argent quand il s’agit de généraliser l’uniforme ce qui coûtera 2,5 Milliards d’euros, ou le SNU qui en coûtera 3.

Il combattrait le harcèlement.

La même étude de David Brunsma mentionnée plus tôt nous indique qu’il n’y a AUCUNE différence de comportement des élèves entre les établissements avec et les établissements sans uniforme. Les seules observations qui l’affirment sont faites par les entreprises qui produisent les uniformes ou les chefs des établissements où il est obligatoire, donc des enquêtes pas du tout impartiales qui visent à propager l’uniforme.

L’uniforme ne diminue aucune violence scolaire et encore moins le harcèlement ! Au contraire, les élèves qui le portent se sentent moins proches de leurs camarades et de leurs professeurs. Lorsqu’on ne peut exprimer son individualité, comment se sentir à sa place dans une classe ?

UN VECTEUR D'INÉGALITÉS

Notion image

Une tenue qui accroît en fait les inégalités ?

Finalement, l’uniforme est idéalisé par les classes les plus aisées car il peut servir de marqueur de distinction sociale. Certains établissements privés pratiqueraient même des prix d’uniformes très élevés comme assurance d’une population issue d’un milieu social aisé dans l’établissement, rassurant ainsi les familles. Cette pratique visant à créer un entre soi bourgeois montre que la tenue unique est une tenue qui accentue une forme de ségrégation sociale, fantasme venant d’une image faussée de l’éducation à l’anglaise.

Si l’uniforme est différent selon les localités comme c’est le cas en France puisque le design de la tenue unique est confié aux collectivités territoriales, on peut en plus voir des inégalités régionales se matérialiser, et un sentiment chez les élèves de division entre les régions, pouvant même mener à une forme de conflictualité entre les établissements ou les régions.

Comme toujours les filles sont plus impactées…

La population impactée le plus négativement par l’uniforme, ce sont les filles. Les uniformes sont rarement adaptés aux diversités morphologiques et les modèles d’uniformes féminins martèlent un peu plus aux filles qu’elles doivent avoir une manière “féminine” de se tenir et de s’habiller. On les oblige à se conformer au regard des hommes.

Une fille qui court, fait du sport ou est musclée, ce n’est pas valorisé par la société c’est même plutôt mal vu et ici en plus les vêtements ne sont pas adaptés à la pratique sportive. Les filles portant l’uniforme font donc moins d’activités sportives que les autres. L’école devrait combattre les stéréotypes de genre, par les faire circuler !

Plus globalement l’uniforme diminue le temps d’activité physique.

Une étude menée par l’université de Cambridge rassemblant des données sur 1,1 millions d’élèves dans 135 pays nous révèle que les élèves portant l’uniforme, au-delà de la primaire, perdent en moyenne plusieurs minutes d’activités sportives par jour.

En effet les uniformes ne sont jamais fait dans un but pratique mais uniquement dans un but esthétique, ce qui est logique car le but est explicitement de contrôler l’apparence des élèves. En été, dans des bâtiments mal isolés, mal orientés, l’uniforme fait mourir de chaleur des élèves ayant déjà du mal à se concentrer, et en dehors des classes personne ne combat ces conditions pour faire du sport.

L’uniforme, vecteur de conformisme social.

Il est nécessaire de rappeler que les vêtements servent à beaucoup d’élèves à s’assumer et à vivre plus sereinement le lycée, que ce soit pour combattre des complexes physiques, pour ne pas être genré, ou simplement exprimer son individualité. La tenue vestimentaire fait partie de la construction normale de son identité, car c’est par ce biais qu’on se fait un récit de soi à soi même.

Si dès le plus jeune âge on retire aux enfants cette possibilité, la détresse scolaire ne fera qu’augmenter car une fois de plus l’école sera uniformisée et ce sera aux élèves de s’adapter pour y aller, on creuse l’écart entre les jeunes et l’éducation et ses valeurs.

 

Toutes les enquêtes et les études mentionnées dans cet article sont publiques et vous pouvez les retrouver facilement en ligne. Retrouvez aussi ci dessous l’article au format PDF.

Site web réalisé par les bénévoles du MNL publié sous licence AGPL-3.0.
Code source disponible sur GitHub, commit actuel 232d7a0.